Chili, l’Enfer du Sud !

Après la Laguna Azul, la frontière chilienne arrive très vite…Le temps est toujours superbe, pratiquement pas un poil de vent, bref, la vie est belle ! Et là, après un panneau quelque peu pompeux “Bienvenue au Chili”, les ennuis commencent : fouille en règle du camion… On est assez tranquille, on n’a plus de fruits et légumes et pas de viande… Mais on est très surpris de voir le douanier chilien retirer du frigo, 2 saucissons secs, du jambon sec sous vide et un pot de miel !!! Les œufs, c’était limite, heureusement Valérie a dit qu’ils étaient durs… Et quand il a vu les croquettes de Cookie, il nous a demandé : “Vous avez un animal ?”. “Bah oui, on a un chat !”. Pas déclaré dans leurs bureaux, donc c’est illégal… Il nous dirait presque qu’il faudrait retourner à Comodoro Rivadavia, au bureau de la SENASA pour enregistrer Cookie !!! On lui montre alors le certificat de la SENASA à notre arrivée à l’aéroport de Buenos Aires précisant qu’elle est en règle. Dans une extrême bonté, il nous fait grâce de cet incident et repart avec les victuailles confisquées et retourne dans ses pénates tout en paradant devant ses collègues avec un large sourire !

Nous pouvons donc circuler et nous diriger vers le détroit de Magellan pour prendre le bateau qui nous emmènera en Terre de Feu… En une petite heure, nous sommes en face de ce bras de mer si célèbre. Il y a déjà une petite file de véhicule et quelques camions, nous attendons donc patiemment une vingtaine de minutes avant de voir le bateau arriver à quai.

Chacun son tour, nous roulons sur le pont métallique pour accéder au bateau et c’est assez sportif : soit la marée est basse ou soit la manœuvre du capitaine pour positionner son navire n’est pas optimum, mais je préfère monter la suspension arrière pour ne pas toucher le sol avec le porte à faux…

Une fois à bord, il ne faut pas trainer pour acheter ses tickets : 410 pesos au total, pour le camion et nous deux (Cookie sera clandestine !). Un petit tour sur le pont extérieur pour respirer le grand air du large et tenter d’apercevoir le dauphin de Commerson , communément appelé “tonino” facilement reconnaissable par sa couleur (blanc et noir). Et furtivement, nous en apercevrons un qui vient jouer, sur le bâbord, avec l’étrave du navire. Le temps de sortir l’appareil de photo et c’était déjà trop tard, il avait disparu sous les flots !!!

A la descente du bateau, nous sommes un peu surpris que personne ne vienne contrôler les tickets… Maintenant, nous avons une petite cinquantaine de kilomètres de bitume avant de choisir l’une des 3 pistes qui nous ramènera en Argentine, au poste de frontière de . Aucune de ses 3 pistes, au dire des voyageurs, n’est très roulante, pourtant il nous faire un choix : nous prenons celle du milieu, celle-là même qui devrait être asphaltée, un jour ou l’autre puisqu’en travaux depuis un bon moment. Nous espérons que les chiliens en auront ouvert quelques tronçons…

P1110431
Le bitume est pas loin, pourtant !!!

Et là, la question que tout le monde se pose, pourquoi n’y a t-il pas de route sur ces 160 kilomètres ? Tout simplement parce que les argentins et les chiliens ne sont pas les meilleurs amis du Monde… Et comme les utilisateurs de ce tronçon sont, dans leur grande majorité, argentins, les chiliens n’ont jamais pris la peine de mettre un peso sur cet itinéraire…

Le résultat en est navrant : ripio de malade, gros galets semblables à des pavés qui dépassent du sol mettant à mal les suspensions, les roues arrières qui s’enfoncent par moment et ce panneau qui me revient en mémoire : “Bienvenue au Chili”.

P1110444
Bienvenue !!!

Ici, c’est l’enfer du Sud !!!

L’épreuve en elle-même se découpe en deux parties :

Cerro Sombrero – San Sébastian le 29 décembre 2015, puis San Sébastian – Porvenir le 13 janvier 2016.

Lors de la première étape, nous découvrons d’un œil neuf une piste extrêmement difficile, étroite, piégeuse. La progression est difficile, sans réelle certitude de savoir si nous sommes encore sur le bon chemin : c’est un désert inhospitalier où chacun lutte pour survivre …

C’est simple, nous faisons du 20km/h de moyenne !!! Je ne m’attendais pas non plus à ce qu’il y ait autant de trafic sur cet espèce de boyau infâme… Cela ravive encore cette acrimonie naissante à l’encontre des chiliens. Et le vice est poussé à l’extrême quand on voit fleurir au bord du tracé des panneaux tels que : “Réduisez votre vitesse” ou “Interdiction de doubler” !!! Si je ralentis, je m’arrête… Et pour doubler, sur un goulet de 4 mètres de large, et à 20 km/h, je ne vois pas comment c’est possible… Les minutes défilent, puis deviennent des heures… Au terme d’une journée âpre, il est presque 21h30 quand nous passons la frontière de sortie du Chili, qui est, soit dit en passant, 12 kilomètres avant l’entrée en Argentine ! Le dernier kilomètre avant le poste chilien est atroce, nous sommes complétement rincés. Nous  stoppons juste après la douane afin de bivouaquer sur un petit parking à droite de la route, dans une espèce de no man’s land…

20151230_092030
A la frontière, un poste de la croix rouge… on ne sait jamais !

Le lendemain matin, je vais faire une grosse commission au Chili (les toilettes sont de l’autre côté) et Valérie me demande si j’ai pris mes papiers (passeport) et je lui montre avec un grand sourire, mon rouleau de papier toilette !!!

Le retour en enfer, le 13 janvier 2016 : la compétition est encore plus rude, la distance plus longue et la météo désagréable voir désastreuse car en plus du froid, s’est invité un vent extrêmement soutenu qui hurle sur une terre désolée.

Cette fois, le départ se fait à San Sébastian et l’arrivée est jugée à Porvenir, la capitale Chilienne de la Terre de Feu.

Les organisateurs ont tout fait pour entretenir la spécificité de la course : la piste se transforme en boyau indigne, les pierres en forme de pavés arrondis sont très disjointes, les trous sont béants …

Les volontaires engagés démarrent sur un train de sénateur (voir de gouverneur !). Il est difficile de garder sa machine sur un bon rail : elle saute comme un cabri, dérape comme une patineuse, pétarade comme une bronchiteuse chronique. Chacun tente pourtant de suivre sa feuille de route et heureusement, il transpire encore une bonne dose de fraternité dans ces moments de galère : les petits signes de la main ou de la tête se multiplient entre les participants quand ils se doublent ou se croisent.

Au célèbre carrefour de l’Abri, qui porte bien son nom car c’est la seule construction sur les 160 kilomètres de la journée, il y a déjà un Américain, une Brésilienne, un Allemand et 2 Français (les Cycl’on) qui nous devancent. Personne ne maugrée devant un tel manque d’humanité de la part des organisateurs Chiliens ! L’échine est courbée, la seule chose qui compte est d’avancer sans trop de pépins…

A un moment, une moto-image de la Télévision Brésilienne est emportée par un coup de vent encore plus puissant que les autres : heureusement, rien de trop grave. Quant à la TV chilienne, je vous laisse juger vous-même !!!

P1110430
Pas de direct !

Et puis, l’infâme route d’un autre âge bifurque pour suivre la côte de Bahia Inutil, mais pour quoi ce nom qui ne sert à rien !

Les espaces entre les concurrents se tendent jusqu’à ne plus voir personne à l’horizon, du moins ce qu’il en reste…

Soudain, un moment de réconfort avec la zone de ravitaillement au milieu d’une dizaine d’arbres qui égaient (si on peut dire) le paysage. Il y a même ce moment de grâce lorsque se produit un groupe folklorique local en costumes traditionnels.

Un moment de grâce !

Posté par Cardiscovery Tour sur samedi 16 janvier 2016

 

Mais il faut repartir, Porvenir attend ses rescapés de la route. La ruban de terre et pierres mélangé, prend du relief avec quelques petits monts où il faut s’échiner pour ne pas reculer… Dans cette zone, le ciel, la mer et la terre se marient, rien qui ne les délimite, rien qui ne les différencie : l’œil est hagard, et pourtant il doit rester bien ouvert.

20160113_155806

Dans une bosse, à un endroit où la pierre devient plus saillante, un français qui roule sur une machine canadienne, est sur le bas-côté, une roue à la main : il attend désespérément sa voiture de dépannage !

En passant, on lui donne une petite tape amicale sur l’épaule et on poursuit notre route. La machine grince, les muscles se tétanisent, qui lâchera prise le premier ?

Dans ces instants difficiles, l’esprit s’évade, les idées saugrenues surgissent, les hallucinations semblent se matérialiser : d’abord des envies d ‘assassinat à l’encontre des organisateurs, mais aussi une idée d’abandon total, se coucher dans un trou plus profond que les autres et disparaître à jamais …

Mais non, une force intérieure, d’une grandeur insoupçonnée, nous pousse à avancer, à mettre une roue devant l’autre, la souffrance devient une alliée !

Et puis un mirage, des couleurs apparaissent dans le ciel par petites touches …

20160113_171137
Porvenir, enfin…

On se frottent les yeux, mais non, ce sont les toits des maisons de Porvenir. Nous y sommes presque,  au bout de cet effort bestial, le rictus d’affliction se fige un peu plus et puis se transforme en léger sourire. Toutes ces embûches, ces conditions dantesques, ces monstruosités Chiliennes, rien n’y a fait, nous mettons un terme à cette étape au niveau de l’Avenue de Croatie, où est jugée l’arrivée (bourgade fondée par les Croates, mais qu’est-ce qu’ils sont venus foutres ICI !!!). Tout cela pour quelques pesos !!!

20160113_192608
Le premier prix !

Messieurs les Chiliens, vous êtes des assassins ! Des cochons !!!

 

20160113_170604

Si l’Enfer avait un nom, il s’appellerait Chili

Laisser un commentaire